La Cour d’appel de Paris avait été saisie de six affaires de gestion illégale d’actifs que le Tribunal des activités économiques de Paris avait dépaysé à la demande d’un des dirigeants mis en cause et de ce fait assigné.
Les investisseurs plaignants ne connaissaient pas la qualité de juge consulaire parisien de ce dirigeant.
Dans la première affaire, ce juge a attendu 16 mois pour demander le dépaysement de l’affaire devant un autre TAE dans lequel il n’exerçait pas (le TAE de Nanterre), dans quatre autres affaires 9 mois et dans la plus récente 4 mois.
La Cour d’appel a infirmé les six jugements en estimant que les demandes de dépaysement étaient toutes irrecevables pour cause de tardiveté. Fait exceptionnel en la matière, les dirigeants dont le juge consulaire ont été condamnés à verser dans chacune des six affaires une indemnité de procédure de 4.000 €.
La Cour d’appel fixe un délai maximal de six semaines pour solliciter ce droit au dépaysement, qui est absolu… lorsque son bénéfice est demandé avec célérité par l’auxiliaire de justice devenu partie au procès.
Ce délai de six semaines correspond au délai imposé par le TAE de Paris aux avocats pour conclure en défense dans un dossier contentieux simple, selon un protocole conclu en date du 19 décembre 2024 entre le Bâtonnier de l’Ordre de Paris, le Président du TAE de Paris et le Greffe. Là réside probablement l’innovation de ces décisions d’appel.
Dans les « affaires suiveuses » du cartel des émetteurs de tickets restaurants dont est saisi le même TAE de Paris, cette jurisprudence pourrait s’appliquer dans les prochaines semaines. En effet, le Président du TAE de Paris et un juge en charge viennent de mettre en avant un conflit d’intérêts affectant toute la juridiction, mais après plusieurs années de procédure.
Le Premier Président de la Cour d’appel désormais saisi pour valider ou non le dépaysement devra lui aussi apprécier la recevabilité de la requête présentée par les émetteurs des tickets restaurants. Si l’alerte sur ce conflit d’intérêts n’était pas jugée recevable, alors les affaires devraient rester au TAE de Paris ?
La multiplication récente des problématiques de dépaysement au TAE de Paris fait en tout cas perdre beaucoup de temps, d’énergie et d’argent aux justiciables souhaitant que leur affaire soit jugée avec impartialité et célérité selon les prévisions du Code de commerce et du protocole précité.